Triangle Rouge



Haine

La haine est un très fort rejet vis-à-vis de quelqu'un ou de quelque chose. Peur, haine, rejet et exclusions ... l'extrême droite a toujours utilisé ces mots pour renforcer l'idée qu'elle est capable d'apporter des solutions à tous nos problèmes.

Le plus souvent insidieuse, mais éclatant parfois au grand jour avec une brutalité sans nom, elle a depuis des temps immémoriaux élu domicile au sein des relations humaines. Qu'elle s'exprime au détour d'un regard ou dans un accès d'agressivité qui nie l'existence de l'Autre, elle semble toujours surgir de la lie de l'inconscient, là où se construisent les archétypes, d'où émergent les vocabulaires incontrôlés et qui fait se commettre les actes les plus meurtriers. Telle est la haine, « puisqu'il faut l'appeler par son nom », pulsion primitive s'il en est.

Il est bien long, incommensurablement long le cortège de ses victimes dans l'Histoire. Et pour se limiter au seul XXe siècle, éventré par deux guerres mondiales, elles ne se comptent plus les populations civiles qui trouvèrent la mort en d'atroces conditions au cours des entreprises génocidaires qui frappèrent successivement les Arméniens, les Juifs et les Tziganes, les Cambodgiens et finalement les Rwandais. Sans parler des massacres en tous genres, perpétrés sous des motifs les plus divers ou dictés par une volonté idéologique fourvoyée dans les pires égarements. Comme si, à l'instar des dieux, la haine avait toujours soif...

On dira que pas mal de ces folles exactions, tant privées que collectives, sont tributaires d'une accumulation de frustrations, d'humiliations ou d'injustices subies. Et que, par la suppression des causes qui les produisent, opération menée conjointement avec une éducation respectueuse de la dignité de tout un chacun, elles ne pourront que progressivement disparaître. On voudrait souscrire à cette vue idyllique, proche de la conception rousseauiste selon laquelle « l'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt ». La haine, celle dont le couperet tranche sans état d'âme, ne serait donc pas première.

Le second semestre 2010 est venu contredire ce bel optimisme. Le 22 juillet dernier, dans un pays connu pour sa tradition pacifique, un « loup solitaire » du nom d'Anders Behring Breivik tuait 77 personnes, d'abord à Oslo, puis sur l'île d'Utoya : ses cibles étaient le gouvernement norvégien et de jeunes militants du parti travailliste. Quelque temps plus tard, on apprenait, grâce à l'Observatoire belge de l'extrême droite ResistanceS.be, que le réseau Blood and Honour (« Sang et Honneur ») – organisation internationale néonazie regroupant des skinheads et voulant sauver la « race blanche » – venait de créer une « division wallonne » dans la région de Charleroi, après avoir été précédemment implanté en Flandre. En novembre enfin, c'est dans la prospère Allemagne que, selon Le Monde du 18 de ce mois, « la police a laissé depuis onze ans les trois membres de la NSU [Clandestinité nationale-socialiste] tuer en toute impunité au moins dix personnes », assassinats commis contre des ressortissants turcs.

Loin de s'expliquer par le seul contexte socio-économique ou l'on ne sait quel déterminisme historique, il convient aussi de rechercher les causes de la persistance de la passion destructrice des hommes dans les tréfonds mêmes de leur nature. Vision pessimiste ? À coup sûr, mais peut-être pas irréaliste face au spectacle des barbaries qui ensanglantent toujours le monde aujourd'hui. Car n'est-ce pas en niant l'existence du mal qu'on lui laisse paradoxalement le champ libre ou, en tentant désespérément de le comprendre, qu'on lui trouve des circonstances atténuantes susceptibles à la limite de le justifier ? On ne serait alors pas loin de considérer le bourreau comme une victime. Cela s'est déjà vu, hélas...

Raison de plus pour tenter d'éradiquer en nous tous les ferments de la détestation. Dans sa préface au livre de Léon Poliakov, intitulé Bréviaire de la Haine (1951), François Mauriac insistait sur cette exigence : « Puisse la lecture de ce bréviaire (...) nous mettre en garde contre les retours en nous de l'antique haine que nous avons trouvée dans notre héritage et que nous avons vue fructifier abominablement aux sombres jours d'Adolf Hitler. »

(Henri Deleersnijder, « Mots » in Aide-mémoire, n°59, janvier-mars 2012)

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Dans les camps de concentration, le triangle rouge était le signe cousu sur la veste des prisonniers politiques, celles et ceux qui se sont opposés à l'idéologie nazie. Aujourd'hui, le pin's Triangle Rouge est le symbole de la résistance aux idées d'extrême droite. Le porter, c'est participer au cordon sanitaire citoyen pour une société libre, démocratique et solidaire.